Les morts

« C’est ainsi que je fus choisi après l’appel du matin pour exercer une fonction à laquelle je ne m’attendais pas, celle d’être pour deux jours « croque-mort ». Trois autres camarades furent également désignés pour travailler avec moi.


Il s’agissait de transférer des cadavres d’un bloc « infirmerie » au crématoire. Pour ce faire, nous utilisions une caisse en bois, oblongue, sur laquelle étaient ajustés une couvercle et des brancards de chaque côté pour la porter. (…)

Les cadavres étaient à prendre dans une salle d’eau de « l’infirmerie ». Nouée au gros orteil, une étiquette, sur laquelle était inscrit un numéro, et, sur la peau, était apposé un tampon d’encre violette identique à celui qui marque les quartiers de bêtes abattues. Dans notre pseudo cercueil, on y couchait délicatement quatre à cinq corps tant ils étaient maigres. Nous les déposions dans une des pièces aux murs blancs faïence du crématoire, puis nous retournions à « l’infirmerie » prendre livraison d’autres malheureux aux traits tirés par la souffrance. »
Roger MONTY
 

« Telle une locomotive grise et sans roues, le four crachait de jour en jour feu et fumée dans le ciel vosgien alors que, la nuit, une couronne de feu restait suspendue au-dessus de la cheminée comme la flamme d'une raffinerie clandestine »
Boris PAHOR