Réseaux

Loustaunau-Lacau fondateur du réseau Alliance. Réseau également connu sous le nom d'Arche de Noé que lui avait donné les Allemands  :

« Nous quittons Vichy, le 28 mars 1941 au matin.

Direction Pau, évidemment, puisque le Béarn est organisé, que là se trouvent acquis grâce à mes amis d'enfance les passages essentiels, Pau également parce que j'y connais tout le monde, aux portes de l'Espagne.

Non pour y fuir. Nous resterons, nous nous battrons, nous souffrirons dans l'Arche et la plupart des nôtres y mourront. Vichy ne nous pas dégoûtés de la France, il a, au contraire, décuplé notre volonté de faire l'impossible dans la mesure de nos moyens existants et à développer sans cesse pour qu'un jour Bayonne, Bordeaux, Paris, Nancy soient délivrés. La bataille menée de Londres était une bataille d'alliés, le grand espoir dans la victoire du moment qu'Hitler n'avait pas osé franchir la Manche.

Encore fallait-il qu'il y eût en France des hommes qui servissent d'éclaireurs sacrifiés par avance afin que les coups ne tombassent pas dans le vide et non seulement d'éclaireurs, mais de propagandistes afin que le pays méritât sa victoire, et non seulement d'éclaireurs et de propagandistes mais de stockeurs d'armes et de cadres des forces natures destinées à porter, le moment venu, un coup mortel sur les arrières de l'ennemi. On n'a peut-être pas assez remarqué que dans une guerre où la mer lutte contre la terre, ces trois actions menées sur le continent revêtent une importance capitale. A terre muette, mer aveugle.

Conjuguées, alternatives ou successives, elles exigeaient ici l'effort continu, là une préparation minutieuse. Point n'était besoin de sortir du cerveau de Mars pour imaginer, distinguer, concilier et comprendre ces trois actions : renseigner, convaincre, stocker. Mais comme il était juste le mot de Joffre sur la bataille de la Marne : "Le 5 septembre 1914, au soir, un caporal perché sur la Tour Eiffel, à supposer qu'il pu apercevoir la marche de von Klück vers le sud-est, aurait saisi ce qu'il y avait à faire pour remporter la victoire. C'étaient au pied de la tour que commençaient les difficultés."

Déjà pourvus de nos meilleurs éléments, nous étions le 1er avril 1941 au pied de la tour. La première difficulté à résoudre et de loin la plus angoissante était d'asseoir d'une façon rigoureuse pour l'avenir immédiat comme pour l'avenir lointain nos liaisons avec Londres, jusque-là demeurées fortuites et précaires. Ce problème me hantait depuis octobre car il comportait plus encore qu'une difficulté technique une difficulté de choix : Londres-de Gaulle ou Londres-Anglais ? »

Commandant Loustaunau-Lacau in Mémoires d'un Français rebelle, Robert Laffont, 1948