Mouvements

Henri Frenay, avril 1943

« Pendant dix-huit mois, c’est-à-dire jusqu’au mois de janvier 1942, nous nous sommes développés seuls, sans aucun appui extérieur, sans liaisons avec Londres. Comme les autres Mouvements, nous fûmes un mouvement spontané de révolte contre « l’inévitable », nous n’étions inféodés à personne (…) Nous n’avions pas un sou et devions, après avoir écorné nos maigres moyens personnels, pratiquer en grand le « tapage » de toutes nos relations… Ce fut l’époque héroïque pendant laquelle des liens très solides d’amitié et de confiance se nouèrent entre mes camarades et moi-même, liens qui, tout autant que l’idéal que nous défendions, nous unissaient les uns aux autres ».

Henri Fresnay cité dans L.Douzou, D. Veillon « La Résistance des mouvements : ses débuts dans la région Lyonnaise (1940-1942), in J.M. Guillon et P. Laborie (sld), Mémoire et Histoire de la Résistance, éd. Privat, 1995
Henri Frenay, Combat, n° 44, 15 mai 1943


« Unité

Au début de l'année 1943 les trois Mouvements de résistance de la zone Sud ont décidé d'unifier leur organisation et leur action. Cette unité est une étape décisive dans l'histoire de la résistance. Des divergences d'opinions, des réticences, des méfiances, il ne reste rien. Tous les Français républicains et résistants de la zone Sud sont maintenant groupés sous une direction unique. Ils se préparent à livrer l'ultime combat.

Les Mouvements Unis souhaitent que l'union qu'ils ont réalisée s'étende prochainement à toute la France. Ils souhaitent que ce soit la résistance, avant les armées de la libération, qui abatte la barrière spirituelle par laquelle les allemands ont tenté de diviser la France.

Cette résistance, unifiée demain dans son organisation est déjà unifiée dans son esprit. L'occupation totale du territoire a imposé aux Français des deux zones les mêmes préoccupations, elle a fait battre les cœurs au même rythme. La résistance française n'a plus qu'une volonté : libérer le territoire, recouvrer ses libertés, confier au Général de Gaulle la direction du Gouvernement provisoire afin d'instaurer la IVe République. Instrument de la libération, elle sera demain celui de la révolution.

S'il en était dans l'Empire ou en France qui croient pouvoir profiter de la libération pour instaurer chez nous quelque dictature que se soit, ils verraient se dresser contre eux la Résistance unanime et avec eux le pays. La victoire sera celle de la France et non celle de la réaction ou d'un clan.

Elle se dressera aussi contre toute ingérence étrangère dans la vie nationale. Ceux-là mêmes qui n'ont pas jamais abandonné la lutte et auront payé leur liberté du prix du sang feront entendre la voix de la France et défendront sa souveraineté.»

Henri Fresnay in Combat, n°44, 15 mai 1943