Maquis

François Vittori  - L'implantation du maquis d'Ols en Aveyron.

« Il faut auparavant fixer l'emplacement du maquis. Nos investigations nous ont conduits aux premiers jours de février sur les causes d'Ambeyrac ; nous sommes là trois Français. Nous allons visiter les causses qui, d'après les renseignements reçus, semblent répondre à nos exigences ; si nos informations sont exactes, Ambeyrac sera bientôt la principale base de notre maquis. Nous arrivons sur les causses vers 16 heures, venant de la gare de Naussac par des petits chemins détournés à travers champs, afin d'éviter les villages de Naussac, Gelles, Foissac ; c'est que la présence d'un étranger dans ces petits villages est vite remarquée. Toute l'après-midi nous explorons en tout sens le causse, et, à la nuit, nous décidons de descendre à Ambeyrac où notre ami Louis connaît l'instituteur Marty qui se trouve là de par la volonté de Vichy. Nous n'arrivons au village que vers 24 heures ; nous sommes là dans un labyrinthe du causse où toutes les maisonnettes semblent faites au même moule, et où tous les bosquets sont les mêmes. Au village, la population n'est pas encore endormie car, si pour nous il est 24 heures, il n'en est pas de même pour les gens des campagnes qui ne veulent pas de l'heure officielle. Il est donc environ 24 heures, quand nous arrivons chez Marty auquel nous demandons de nous garder pour la nuit. Là, autour d'un petit feu, nous échangeons nos impressions. Nous discutons les possibilités d'organisation ; tout semble répondre à nos exigences. Le matin, avant le jour, nos deux camarades repartent, ce sont deux responsables régionaux. Ce même jour, je prends contact avec Monsieur Vernet que me présente Marty ; c'est le paysan type de l'Aveyron, ombrageux de prime abord et très direct. Je comprends  qu'il faut parler franc avec cet homme, qu'il n'est pas besoin de ruser aussi, sans façons, je lui explique ma présence dans la région, le but de ma visite, ma mission. Il écoute très attentif, notre ami est père de plusieurs enfants en bas âge, et il a son vieux grand-père à sa charge, mais le patriotisme l'emporte sur les considérations de famille, la France enchaînée, c'est dit-il, sa famille enchaînée, et son devoir est de participer à briser ses chaînes. Il possède, sur le causse, une petite maisonnette, ce n'est certes pas un chalet fleuri, ni une somptueuse villa de campagne où vont se reposer les enrichis de la collaboration, c'est une simple petite grange, refuge pour le bétail aux jours de mauvais temps. Sans hésitations, il nous donne les clefs, mais voilà ce n'est pas tout, dans quelques jours des jeunes vont venir habiter notre « villa », il nous faudra trouver de quoi les nourrir, tout au moins pour les premiers jours. Mais la réponse de Vernet est aussi catégorique que la première, « Que ces jeunes arrivent et ils auront de quoi manger, certes pas du poulet, mais des pommes de terre, du pain, des haricots, du lard et même un peu d'huile de noix ». Encore quelque chose et ce sera tout, il nous faudrait un peu de paille pour le couchage. « Nous trouverons ça » répond notre ami. Mais, tout seul, vous n'y arriverez pas, il nous faut trouver quelqu'un d'autre pour vous aider ; vous ne pensez pas qu'au village il n'y aurait pas d'autres personnes qui seraient heureuses de nous aider, d'aider le Maquis ? Mais Vernet est prudent, un peu réticent, il ne veut pas ébruiter la naissance du Maquis ; il peut y avoir des indiscrétions, des bavardages. »

François Vittori in Construire l'histoire de la Résistance, Aveyron 1944, Christian FONT et Henri MOIZET, CRDP Midi-Pyrénées