Renseignement

Parachutage du Français Libre Maurice de Cheveigné, opérateur radio du délégué militaire régionnal en zone Nord  :

« La France a été divisée en régions militaires. Raymond Fassin est Délégué militaire régional pour la Région A, c'est-à-dire les départements du Pas-de-Calais, du Nord, de la Somme, de l'Aisne et de la Seine-Inférieure. Au BCRA son nom de code est Piquier.

La mission du DMR consiste à coordonner les services de la France Combattante de sa région et des divers mouvements de Résistance, tout particulièrement en vue du Débarquement.

Nous sautons dans la nuit du 15 au 16 septembre 1943. Deux ombres s'approchent du parachute, prononce le mot de passe convenu. Je réponds. Fassin part aussitôt pour Lille. En attendant, nous logeons chez les Dorbon, nous allons dans la forêt « jouer » aux hommes des bois.

Le 10 octobre, me voici enfin à pied d'oeuvre. Deshayes [Responsable du Bureau des Opérations aériennes dans le Nord] m'a fourni un poste de radio, deux plans d'émission et 4 télégrammes à transmettre. J'en rédige un autre où j'annonce notre bonne arrivée, et je l'encode. Je sors dans le jardin lancer mon antenne sur un pommier, je règle mon émetteur et je passe à l'écoute à l'heure du prochain rendez-vous. La Centrale y est. Je l'appelle, elle m'entend, elle a un bon opérateur.

Londres n'attendait que la liaison radio pour lancer des opérations aériennes. Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1943 on va à Happegardes recevoir un parachutage. C'est la fête au petit déjeuner : cigarettes anglaises, vrai bon café, je croque du chocolat. Et en prime j'ai droit à quelques postes de radio, des mitraillettes, des grenades.

Il y a des équipes de protections efficaces, des emplacements en nombre presque infini. J'ai rarement travaillé dans d'aussi bonnes conditions.

Le lieutenant Michel Gries [parachuté de Londres le même jour], instructeur en sabotage, non plus n'est pas inactif. Il enseigne les subtilités de l'explosif et le mode d'emploi de toute une quincaillerie méchante : utilisé comme ça, ça déraille les trains, et de cette manière les pylônes électriques tombent. Celui-ci sur un piston de locomotive fait merveille. Et cet autre posé sur un moteur électrique le fait fondre. Michel Gries a des recettes pour toutes les circonstances.

L'OCM du Dr Robert produit aussi du renseignement. Des croquis, des photos, des histoires : base de V2 en construction du Bois-l'Evêque, radars de Vandegies, le dépôt d'essence d'Herbignies. La fille du garde-chasse de la forêt de Mormal apporte une description du dépôt de munitions Bismarck, de Locquignol. J'encode ce qui peut s'envoyer par radio, le reste partira par courrier lors d'une opération d'atterrissage.

Nous sommes en décembre, la nuit tombe tôt. Fondus dans la haie qui borde le chemin, nous attendons. Le voilà. Quelqu'un arrive à bicyclette, sans lumière bien sûr, à cause du black-out. Un coup de lampe électrique. Merde ! C'est un Chleuh, pas au programme, à qui la révélation de notre présence fout la trouille, à en juger par l'instabilité soudaine de son équilibre. Sans tomber pourtant, il disparaît dans la nuit vers son occupation privée. Notre cible n'apparaît pas. Il vaut mieux partir avant que notre Allemand n'ameute ses copains. Transis, on rentre. »

[Maurice de Cheveigné et Raymond Fassin seront déportés. Fassin ne reviendra pas.]

Maurice de Cheveigné in Radio Libre