La chambre à gaz

Dans le cadre des expérimentations de la médecine nazie, une chambre à gaz fut aménagée en contrebas du KL-Natzweiler en août 1943. Les déportés n'étaient donc pas gazés de manière systématique, ni à la suite de sélections de masse comme ce fut le cas dans les camps d'extermination. Son utilisation était liée aux visées scientifiques des médecins nazis de l'Université du Reich à Strasbourg.

A la demande de ces professeurs de médecine nazis de l'Université du Reich à Strasbourg que le commandant du camp, Josef Kramer, fit ordre de construire la chambre à gaz. La salle des fêtes de l'auberge du Struthof, réquisitionnée dès 1941 par les SS pour y loger les premiers déportés du KL-Natzweiler, fut choisie pour y abriter ce lieu de mort. Une petite pièce de 9 m2 à l'intérieur de celle-ci fut aménagée par les SS.

Du 11 au 19 août 1943, 86 déportés juifs provenant du camp d'Auschwitz y sont gazés par le commandant du camp, Josef Kramer. Leur corps devaient servir à établir une collection de squelettes pour le professeur August Hirt, directeur de l'Institut d'anatomie de l'Université du Reich de Strasbourg.
La chambre à gaz est également utilisée par le professeur Otto Bickenbach pour l'étude d'un traitement contre le gaz de combat phosgène (traitement à base d'urotropine). Quarante-quatre déportés, dont des Tsiganes, y servent de cobayes lors de deux séries d'expérimentation.

 

Josef Kramer relate le gazage des 86 dans la déposition suivante, le 6 décembre 1945, en présence du Capitaine Paul André  :

"Je faisais alors construire la chambre à gaz par les détenus. A quelque temps de là, arriva un premier transport de 26 femmes âgées de 20 à 50 ans. Elles demeurèrent 8 jours au camp. Pendant ce temps, elles ne furent pas maltraitées et pas mieux nourries que les autres détenus. Je n'avais, quant à ces personnes, pas d'instructions spéciales. Après 8 jours d'attente, au milieu d'août 1943, je faisais conduire ces femmes, à 9 heures du soir, à la chambre à gaz. Dans l'antichambre, elles furent déshabillées. Je plaçais alors une poignée de produits dans le trou aménagé dans le plancher. Je faisais entrer les femmes dans la chambre à gaz et fermai la porte. Alors, les femmes commencèrent à pleurer et à crier. De dehors, je versais de l'eau dans l'entonnoir préparé. Cette eau coula par un tuyau muni d'une fermeture dans le trou où se trouvaient les petits grains. Après une demi-minute, les cris cessèrent dans la chambre. Je déclare que je n'ai pas, par la fenêtre, observé la mort. J'étais seulement aux écoutes. Comme il n'y avait plus rien à entendre et que plus rien ne se mouvait, j'ai mis le ventilateur en marche. Pendant ce temps, je me trouvais à l'extérieur et je n'ai ni respiré ni senti le gaz. Après un quart d'heure, j'ai ouvert la porte. Il semblait que la mort s'était déroulée d'une façon normale. Seulement 3 ou 4 n'avaient pu tenir leurs selles. Il était à peu près 9 heures 30. Le matin suivant, à 5 h 30, je faisais conduire les corps à Strasbourg dans un camion revêtu d'une bâche. Cette façon était choisie afin que personne ne puisse être tenue au courant de ce qui s'était passé. Car j'étais contraint au secret le plus strict."