1945-1954 : de la fin de la guerre aux prémices de la mémoire

La transformation du Struthof en centre pénitentiaire

Fin décembre 1944, suite à l'évacuation du camp de concentration de Natzweiler, des autorités militaires des Forces Françaises Libres décident de réinvestir les lieux pour en faire un centre pénitencier dans lequel des personnes sont placées, en lien avec la progression militaire vers l'Est. Les arrestations sont arbitraires en contexte de fin de guerre.

À partir de décembre 1945, le site est transformé en centre d'internement administratif ou centre de séjour surveillé. Suite à la libération de l'Alsace et de la Moselle, le préfet donne l'ordre d'interner tous les Allemands, civils et militaires, présents sur le territoire. Aux yeux des autorités françaises, ils représentent un risque pour la sécurité nationale.

Plus de 6 000  Allemands, mais aussi des Alsaciens soupçonnés de collaboration, y sont internés. Il s'agit d'hommes, de femmes et d'enfants. Certains des détenus sont cherchés dans des maisons de retraite (par exemple au Mont Saint-Odile ou à Bischoffsheim) : le plus ancien atteint l'âge de 102 ans.

Les premières manifestations de la mémoire

À leur retour des camps, des déportés de Natzweiler se réunissent afin de perpétuer le souvenir de ceux qui ne sont pas revenus et de trouver un réconfort auprès de leurs anciens compagnons. Ils se regroupent au sein d'associations.

Entre 1945 et 1950, trois amicales sont créées : l’Amicale des Anciens Déportés Politiques du camp de Struthof, l’Amicale des Anciens internés des camps de Schirmeck et du Struthof et l’Amicale des Déportés et Familles de Disparus de Natzweiler-Struthof et ses Kommandos.

Dès 1945, des manifestations commémoratives ont lieu. Le 11 février, le général de Lattre, à la tête de la 1ère Armée française fait célébrer au pied du camp un service funèbre à la mémoire du général Frère et des patriotes alsaciens.

Le 11 novembre, Fanny et Yves Bouchard (délégué du réseau Alliance, fondateur du COSOR du Haut-Rhin), invitent les survivants du camp à participer à la Journée des internés et déportés politiques, et organisent une marche aux flambeaux entre le Struthof et Strasbourg. Fanny Bouchard recueille des documents au Struthof, dépouille le fichier du camp et répertorie une vingtaine de nationalités.

Une croix et une stèle sont provisoirement érigées dans le bas du camp, ce sont les premiers monuments de la mémoire.

Les premières mesures conservatoires

Par ailleurs, les pouvoirs publics se rendent très vite compte de la nécessité de préserver le site.

Le 28 septembre 1949, lors d’une réunion de la Commission Interministérielle, le Président du Conseil transfère la gestion du site au ministère des anciens combattants et victimes de guerre et un projet est conçu afin de transformer le camp en haut lieu de mémoire des victimes du nazisme.

Le 3 mars 1950, la Commission nationale des déportés, internés et résistants décide unanimement de créer une nécropole nationale au Struthof, afin de recevoir les dépouilles des déportés français que les nazis n’ont pas réussi à faire disparaître.

Le sol du site de l'ancien camp est classé Monuments historiques en 1950, et le bâtiment de la chambre à gaz en 1951.

Le 13 octobre 1953, un Comité national pour l’érection d'un mémorial de la déportation au Struthof est créé par décret.

La destruction des baraques du camp

En raison du mauvais état du camp, il est décidé de détruire la plupart des baraques en bois qui n’ont pas résisté aux intempéries. Le 29 mars 1954 a lieu l’incinération symbolique de la baraque n°12, lors d’une cérémonie officielle, marquant le début des travaux d’aménagement du lieu en mémorial national de la déportation. Étaient présents à cette cérémonie, Paul Demange, préfet du Bas-Rhin, ancien déporté de Neuengamme ; Georges Ritter, vice-président du Conseil Général du Bas-Rhin, ancien déporté ; Camille Wolff, député du Bas-Rhin, ancien déporté, Président de l’Amicale des Anciens internés des camps de Schirmeck et du Struthof ; Yves Bouchard, ancien déporté, délégué du réseau Alliance ; les représentants du Comité National du Struthof, de la FNDIRP, de l’UNADIF, de l’UFAC, ainsi qu’une délégation d’officiers anciens déportés.

4 baraques sont conservées pour la mémoire du camp : une baraque-dortoir de déportés, le block des cuisines, le block cellulaire et le block du four crématoire. Aujourd’hui les emplacements des anciennes baraques sont matérialisés par des stèles de pierre sur lesquelles sont inscrits les noms des autres camps de concentration.

L’ouverture d’une souscription nationale

La Commission exécutive du Comité national est créée par le décret du 2 décembre 1954, elle est composée d'anciens résistants, internés, et déportés de Natzweiler ou d'autres camps. La Commission est chargée de prendre toutes mesures utiles pour l'édification du Mémorial et par la suite de sa conservation. Ainsi un décret du 5 décembre 1954 autorise l’ouverture d’une souscription nationale. Un imposant monument, dont la conception est confiée à Bertrand Monnet, architecte en chef des Monuments historiques, sera construit grâce à l’importance des sommes rassemblées.

En 1956, un timbre commémoratif au « Mémorial national de la Déportation », destiné à financer le Comité national du Struthof et la souscription nationale est mis en vente. Une cérémonie d’oblitération spéciale 1er jour à lieu à Natzwiller (Bas-Rhin) le 14 janvier 1956.