Diagnostic archéologique

Pour la première fois en France, des sondages archéologiques ont été réalisés dans un ancien camp de concentration nazi. Préalable aux travaux de restauration prévus sur le site, ce diagnostic permet de retrouver des éléments détruits après-guerre et laisse présager un important potentiel de découvertes à l’avenir.

Dans le cadre de index.php?id=8293 - internal-link&tx_ttnews[tt_news]=264du site de l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof, le Service régional de l'archéologie de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) du Grand Est/Ministère de la Culture a prescrit en 2018 un diagnostic archéologique réalisé par Archéologie Alsace.

Ce dernier s'est développé sur cinq zones et a pour objectif de mieux appréhender l'histoire des aménagements conservés en élévation et d'identifier la présence de structures disparues liées aux différents camps qui se sont succédés sur le site (camp de concentration pendant la Seconde Guerre Mondiale puis, entre fin 1944 et 1949, centre d'internement destiné aux Allemands vivant en Alsace, aux Alsaciens soupçonnés d'avoir oeuvré pour les nazis, puis aux autres Français condamnés pour collaboration).

Les premiers résultats:

Le sondage archéologique implanté au niveau de la terrasse de la nécropole nationale a permis de mettre en évidence les vestiges d’une baraque administrative vraisemblablement détruite avant 1950 d’après les documents photographiques parvenus jusqu’à nous. La topographie initiale naturelle de la colline, antérieure à l’importante phase de terrassement liée à la mise en place des terrasses supportant les baraquements, a pu être étudiée.

Les éléments découverts démontrent que le bâtiment associait des matériaux de construction divers, identiques à ceux utilisés dans les bâtiments des prisonniers encore conservés du camp : bois, briques, parpaings en béton, toile goudronnée, isolants, etc… Les fondations sont constituées de pieux parfois en béton. Des canalisations pouvant être mises en relation avec la gestion de l’eau ont également été mises en évidence. Les objets découverts sont liés à l’aménagement du bâtiment et à la vie quotidienne des gardiens SS du camp (éléments d’uniforme, monnaies, couverts, vaisselle, etc…).

Une première en France :

Les études archéologiques sur les camps de concentration ou leurs annexes, encore balbutiantes en France, se sont fortement développées en Europe. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, de nombreuses interventions archéologiques ont été menées, tout particulièrement en Allemagne. Dans ce pays où les travaux d’aménagement à l’emplacement des camps de concentration sont systématiquement précédés d’une fouille archéologique, des études ont été menées par exemple sur les sites de Bergen-Belsen, Buchenwald, Ravensbrück ou Sachsenhausen. D’autres camps de concentration ont également été explorés en Autriche (Mauthausen, Gusen, Loibl), aux Pays-Bas (Amersfoort) et en Pologne (Auschwitz-Birkenau, Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka).

Toutes ces opérations ont révélé le rôle essentiel de l’archéologue : face notamment aux destructions d’archives opérées par les nazis afin d’effacer les traces de leurs crimes, l’archéologie peut en effet permettre de combler les lacunes de la documentation. Les informations collectées par les prospections géophysiques et les fouilles concernent aussi bien la topographie, l’organisation et l’évolution des camps, que la vie quotidienne des détenus.

L’archéologie joue un rôle primordial en fournissant des données nouvelles parfois inédites. La première opération d'archéologie préventive menée sur site de l'ancien camp de concentration de Natzweiler-Struthof participe au développement de la recherche archéologique française sur ces problématiques. D’autres projets archéologiques tendent à se développer sur des annexes de ce camp, par exemple au fort de Queuleu à Metz (Moselle) et à Thil près de Longwy (Meurthe-et-Moselle).

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